[Critique] Papo & Yo
Il y eut une époque où j’avais peur de mon père. Ses colères imprévisibles m’ont effrayé toute mon enfance. Je l’ai entendu rager alors que je m’enfermais, seul ou avec ma soeur, dans ma chambre. Il n’avait rien à faire. Il fallait laisser l’orage passer…
Le temps a réglé les choses par lui-même. Mes parents se sont séparés et la pression est disparue, mais j’ai aussi grandi et appris à lâcher prise. C’est peut-être pourquoi l’histoire de Quico me semble si familière…
Papo & Yo, ce sont des mots d’enfants pour Papa et moi. C’est l’histoire de Vander Caballero. De lui et de son père alcoolique. La métaphore est bien présente. Il dédit à sa soeur et sa mère le jeu en ouverture. On peut le voir comme un film de Pixar, qui bien que ses personnages soient amusants et drôles, l’histoire cache un véritable drame humain. C’est aussi ce qu’on pourrait qualifier d’un jeu d’auteur, l’oeuvre singulière d’un créateur, ce qui est rare dans le domaine du jeu vidéo.
Quico, pour échapper à son père, s’évade dans un monde imaginaire qu’il recrée des favelas sud-américaines. Des maisons simples, modestes, empilées les unes sur les autres, mais non pas sans âme. Parcs, jardins et étangs sont parsemés dans les rues. Ce qui saute aux yeux ce sont surtout les fresques de graffiteurs sud-américains qui sont reproduits dans le jeu. Elles sont superbes et aident à vivifier ce qui serait autrement des maisons de bétons peintes sobrement dans un jeu qui graphiquement n’est pas à la fine pointe de la technologie. Une technologie qui par certains bogues et baisses fréquence d’images secondes feront ombrage au jeu. Cependant, toute la bande sonore, effets et musique, sont très authentique à la culture représentée. Je suis littéralement retourné dans mes souvenirs de mon stage en Équateur. La musique acoustique est réellement transporteuse même si le jeu a été créé chez Minority et la musique chez La Hacienda, tous deux situés à Montréal.
Le jeu comme tel est un jeu d’aventure plutôt simple parsemé de casse-tête variant en difficulté et de séquences de plates-formes. C’est malheureusement dans cet aspect que le jeu tombe un peu à plat. On se prend rarement la tête à trouver la solution à un problème, c’est souvent juste une question de trouver la "switch" et de l’activer. Reste que c’est une joie que d’interagir avec l’environnement et de le voir se transformer ou s’animer. Quelques sections sont particulièrement intéressantes comme celui qui met en scène une sorte de tour de Pise ou le casse-tête du terrain de soccer. J’hésite à savoir, le jeu aurait été désigné pour un public plus jeune ou plus néophyte, mais il reste qu’il ne posera pas un grand défi pour les amateurs de jeux de puzzles. Côté plates-formes, ça ne s’améliore pas. Les mouvements sont peu précis et la caméra est tellement reculée à certains moments qu’il est difficile de savoir si on attirera ou non sur la plate-forme suivante.

Reste que c’est pour l’histoire et les interactions entre Lula, le petit-robot jaune, Quico, le jeune garçon et Monstre, un hybride d’un hippopotame et d’un rhinocéros qui lorsqu’il mange une grenouille, devient complètement enragé. On suit la quête de Quico qui tente de guérir Monstre de cette dépendance. Contrairement à bien des jeux, la fin est touchante et intelligente en plus de bien conclure les 3-4 heures que prendra le jeu à terminer. Malgré son level design simpliste et ses problèmes techniques, Papo & Yo reste une aventure amusante qui nous laisse avec une vraie leçon de vie, une qui devient apparente qu’à la toute fin du jeu. Une leçon d’autant plus frappante que vous aurez vécu un peu de ce que Vander a vécu et réaliserez ce qu’il a pris des années à réaliser.
Ma note : 8/10











Excellente ta critique. Pour avoir joué au jeu, j’ai été conquis moi aussi par l’histoire et par les environnements vivants que l’on rencontre tout le long de ce jeu. Pour une dizaine de dollars, ce titre vaut amplement le détour.
Ce jeu n’appartient pas vraiment à une catégorie spécifique mais devoir le classer, ce serait dans celui d’"Aventure poétique", un peu comme Ico l’était en son temps.
J’ai définitivement le goût d’y jouer, j’accorde beaucoup d’importance aux jeux dont l’histoire sort du lot, merci pour cette critique