[Opinion] Le Hype, c’est Satan

Souvent, je me pose la question suivante : qu’est-ce que serait le monde vidéoludique si le « hype » n’existait pas? Ce levier publicitaire coûte des centaines de milliers de dollars et ne change en rien la qualité d’une production, absolument en rien. J’en suis venu à la conclusion que le hype était une peste sur l’industrie du jeu.

J’ai tenté de trouver une bonne traduction française pour ce mot, mais rien ne collait convenable. Il y a bien battage publicitaire ou matraquage médiatique qui s’y rapproche. Le hype est donc une vague qui peut être générée par les compagnies marketing des méga productions. C’est aussi ce sentiment de vouloir quelque chose à tout prix même s’il n’est pas prêt.

zNUSA7E

Une des raisons principales pour laquelle je crois que ce type de publicité et d’effet sur les acheteurs est mal est que le hype n’est pas garant de la qualité. Connaissez-vous Walking Dead : Survival Instinct? C’est un jeu basé sur la série éponyme dans lequel le joueur incarne Daryl. Avec la campagne publicitaire, ce jeu médiocre a trouvé moyen de se trouver sur la liste des jeux ayant eu les meilleures ventes du mois dans lequel il est sorti. Cette liste comportait aussi BioShock Infinite. Pourquoi Terminal Reality a réussi autant de ventes? C’est parce que la machine marketing d’Activision était cachée derrière. Grâce au matraquage médiatique et au fait que la série était populaire, les développeurs ont pu faire un jeu d’une qualité ridiculement basse et vendre aisément tout de même.

3s3ncn

Une autre manière de justifier que le hype est un effet dégoûtant est de mettre en perspective les précommandes. Peu importe le titre, peu importe la franchise, il est impossible de savoir qu’un jeu sera bon avant de l’avoir joué ou de voir ce que les internautes en pensent via des critiques ou des vidéos. Autrement dit, payer pour quelque chose qui est encore en production est nécessairement une mauvaise idée malgré les quelques bonus que les compagnies offrent. La seule raison pour laquelle les gens le font c’est qu’ils sont sous l’influence du hype. Si pratiquement personne n’achetait des paquets en précommande, les compagnies incluraient fort probablement ce contenu avec le jeu. Je peux comprendre de vouloir une figurine ou un livre de pièces d’art du jeu. Cependant, précommandé un premier titre d’une franchise sans même savoir si elle sera génial est, selon moi, complètement ridicule. Un bon exemple de cela serait Brink. Je ne sais pas si vous avez joué, mais ce jeu a été une immense déception pour tous ceux qui ont eu la malchance de l’avoir entre leurs mains. Pourtant, toutes les pubs, les images et les vidéos semblaient être en accord pour dire qu’un mouvement d’innovation, qu’un vent de nouveau, allait apparaître grâce à ce titre. Ainsi, une large partie de la populace vidéoludique l’avait donc précommandé. Avez-vous entendu parler de Brink 2? Non, bon, exactement.

Je veux rapidement ajouter un bémol sur ce dernier paragraphe. Des précommandes et des jeux en accès anticipé ne sont pas la même chose. Le premier requiert des acheteurs de un paiement bien avant de recevoir le produit tandis que le second permet d’y jouer sitôt l’achat complété. Les précommandes sont une version plus chère, généralement, d’un jeu d’une méga production. Sans les achats des fans, ces compagnies pourraient aisément rentrer dans leur argent. Au final, les précommandes sont, pour eux, des petits bonus monétaires. Inversement, les jeux en accès anticipés sont une manière qu’on les compagnies moins fortunées d’acquérir suffisamment pour continuer leurs développements et d’avoir le pouls du public. C’est souvent grâce à cette méthode et aux joueurs que les plus petites compagnies peuvent continuer à être originales tout en faisant plaisir à ceux qui prennent le temps de critiquer leurs jeux en accès anticipé.

tumblr_lr4garNqTh1qdqk5do1_500

La dernière raison, pour ce texte du moins, pour laquelle les campagnes médiatiques basées sur le hype sont carrément nocives pour le domaine du jeu est qu’il influence de beaucoup l’expérience de jeu. Prenons comme exemple Assassin’s Creed Unity. Si cet opus n’avait pas été « hypé » – action de produire du hype chez un public – la réception aurait probablement été plus douce. Ce qui a blessé Ubisoft, dans cette aventure, c’est qu’ils ont montré un monde génial lors du E3 et que tous les joueurs voulaient y participer. Avant même que le jeu soit réellement complété, car on sait qu’au E3 les jeux qu’on voit sont pratiquement toujours à l’état pré-béta ou béta, les joueurs avaient des attentes. Autrement dit, si le jeu ne calquait pas directement ces désirs, il allait décevoir plusieurs personnes. Le hype a pour effet d’augmenter l’intérêt qu’a quelqu’un face à un produit, mais si cet individu est déplu, le contrepoids du hype est très lourd dans la balance. Autrement dit, un joueur sera un peu plus content si un jeu hypé est comme il le croit, mais nettement plus frustré si ce n’est pas le cas. C’est encore pire si le jeu flop.

get_hyped_by_acesonnall-d6881f5

Bon, voilà donc mon opinion sur le hype. C’est la raison pour laquelle je n’achète pratiquement plus à la sortie. Je ne veux plus être un pion des grandes compagnies et des campagnes marketing mensongères. Prenez toujours un peu de recul sur les images et vidéos du E3, prenez le temps d’investiguer sur un titre avant de précommander. Faites sûr que le développeur est quelqu’un de fiable, explorez ses derniers titres. Le hype est toujours là à tenter de vous faire croire que le prochain jeu sera le meilleur et qu’il sera exactement ce dont vous avez de besoin. Ne tombez pas dans le panneau et réfléchissez. Posez-vous la question : « ai-je réellement besoin du paquet en précommande pour jouer ou est-ce que je suis en train de me faire manipuler à donner plus d’argent sans changer mon expérience de jeu? »

Posted In:

1 Comment

  1. La communauté du jeu vidéo est particulièrement impulsive et immature, en plus d’être exigeante, agressive et nostalgique dans ses plus mauvais jours — je crois que ces traits décuplent l’effet du hype sur cette communauté. C’est certainement une bonne idée d’apprendre aux « gamers » à se calmer et à analyser (bref, à utiliser cette chose qu’on appelle le jugement). Si le hype n’existait pas, cela pourrait non seulement éviter les frustrations des pré-commandes, mais, aussi, peut-on rêver, entraîner les compagnies à produire de meilleurs jeux pour satisfaire ce public averti qui ne se laisse plus séduire par les cinématiques enjolivées et les mécaniques remâchées.

    Mais aussitôt, demandons-nous: que serait le monde cinématographique sans le hype? Que serait le monde littéraire sans le hype? Que serait le monde de la musique sans le hype? Que serait le monde du sport sans le hype? Que serait le monde des téléphones intelligents sans le hype? Ce n’est pas exclusif au jeu vidéo et c’est plutôt une partie inhérente de notre monde de surconsommation.

Les commentaires sont fermés.