[La Lame Mystique] Chapitre 8

Blog de Rykal
Mes amis…
C’est complètement cinglé! Depuis Zeus, le météore, tout est complètement fou! À mon réveil, aujourd’hui, mes amis sont venus me voir, mais une explosion a tout chamboulé. À l’épicentre de ce désastre il y a Charles Roy, membre des Démons, une gang de criminels de Québec.
Et il est devant moi, dans une sphère qui avale tout sur son passage.
Et j’ai une épée dans la main.

-Rykal

caneva chap 8

Ma salive est pâteuse, pratiquement argileuse. Mes mains sont tremblantes. Tout mon corps l’est. Je suis entièrement recouvert de sueur. Elle ne provient pas uniquement de l’effort, mais aussi de l’angoisse de ne plus jamais revoir mes amis. J’en oublie la douleur de ma jambe, celle que j’ai grièvement blessée quelques jours auparavant, alors que la vie était encore plus ou moins viable. Depuis l’incident spatial qui a détruit mon appartement à l’extrémité de Limoilou, je ne sais plus réellement dans quel sens la Terre tourne.

Nonobstant mes craintes et mes peurs, face à moi, il y a un énergumène qui produit une sorte de champ de force. Cette sphère maudite avale tout sur son passage, même les gens. Mes amis sont coincés dans son rayon. Si je n’agis pas, ce sera la fin pour eux, pour moi, pour les clients de l’hôpital et même le personnel. Ce sera peut-être la fin pour toute la ville, qui sait!? Jusqu’où se rendra cette chose?

Sur ces mots, ces derniers mots, j’appuie sur la touche envoie de mes lunettes. Mes dires dictés sont directement envoyés sur mon blog avec, en lien, ce qui se passera directement en vidéo. Concentré, focus, prêt à foncer malgré que toutes les fibres de mon corps m’hurlent de fuir, je finalise ce dernier témoignage avant de me lancer dans l’action. Si jamais je meurs, il faut que les gens sachent. Il faut que le monde vienne en aide à notre nation, car, je le sens, quelque chose de terriblement surnaturel se passe. Une des plus grandes preuves est l’épée qui est dans ma main. Je ne sais pas d’où elle vient, peut-être l’ai-je ramassé je ne sais où, mais, en ce moment, c’est la seule chance que mes compagnons ont.

Les dents serrées, les sourcils tellement plissés que j’en ai mal au front, la poigne s’agrippant au manche comme si c’était le Saint Graal et l’adrénaline à un niveau ridiculement élevé, je me lance vers l’avant en prenant appuis sur le bord de la table. Charles aussi est nerveux. Sa nervosité est mon pire ennemi puisqu’elle semble envoyer de l’énergie à la boule qui prend donc en puissance et en périmètre.

Mes pieds foulent le sol. Honnêtement, je ne me suis jamais senti aussi rapide et puissant. C’est fou, l’effet qu’ont les réactions chimiques du corps humain en situation de danger mortel! Glissant sous une lumière arrachée du plafond, je m’élance une nouvelle fois, une ultime fois. Tous mes muscles se crispent. Mon bras droit avance si rapidement que j’entends la lame qui fend l’air ambiant malgré tous les bruits. À l’apogée de l’élan, je lâche l’emprise de l’arme qui se met à tournoyer.

L’élan est parfait, la trajectoire est précise; je suis certain de toucher ma cible. Je ne fais guère attention à mon atterrissage. Un contre-choc me frappe soudainement. La douleur est telle que je n’arrive même pas à émettre un son. Mon corps a finalement atteint ses limites et le coup qu’a reçu ma jambe est la goutte qui a fait déborder le vase. Je me laisse glisser, mais je ne perds pas de vue l’objet de ma délivrance.

Il tourne.

Et tourne.

Et tourne.

vignette chap 8

Et se plante au niveau de l’abdomen du Démon de Québec qui, lui, subit un choc aussi grand que le mien. Sa surprise est évidente. Il était si centré sur son propre malheur et sa panique personnels, dans son monde qui dévorait la salle entière, qu’il n’a jamais eu une seule chance d’esquive. Son expression est si lugubre, je l’aurai à jamais gravée dans mon crâne, aux tréfonds de mon esprit. Elle est mélange de rage, de haine, d’incompréhension et de peur.

La puissance du projectile propulse l’homme plusieurs mètres plus loin. Il plante carrément dans le mur, ce qui habituellement m’aurait surpris, mais l’état dans lequel je suis ne me le permet pas. Je reconnais cette froideur. C’est celle qui précède un choc. Je risque de perdre conscience d’ici quelques minutes.

Tremblant, encore plus qu’avant, un sourire apparaît sur mon visage alors que je réalise une chose. Le mur bleuté n’est plus. Il a simplement disparu. Un dernier regard sur l’environnement m’inspire suffisamment de confiance pour laisser mon être sombrer dans le sommeil. J’ai réussi. Mes amis sont en sûreté.

Entre sommeil et éveil, je sens des présences autour de moi. Ils se lèvent. Les victimes de l’ouragan produit par Charles sont saines et sauves aussi. Il y a du mouvement tout près, mais mes sens s’envolent peu à peu. Je n’entends pas. Je ne vois pas. Une vague de fierté se prend de moi et, ensuite, plus rien.

– Ryk!

Mes yeux s’ouvrent brusquement.

– Ryk! T’es en vie! Ah, mon dieu!

Devant moi, je ne peux voir que le visage de ma cousine. Ses cheveux roux mouillés se frottent sur mes yeux ce qui est terriblement désagréable.
– Mélo, tes cheveux…

Dire ces mots s’avère très épuisant. Je cesse de parler. Elle lève sa tête et la secoue pour lancer sa crinière derrière ses épaules. Son visage larmoyant et souriant en même temps revient dans mon champ de vision, couvrant la totalité de ma vue qu’était le plafond. Je pense que ma tête est surélevée grâce à sa cuisse ou à ses mains.

Les sons reviennent lentement. Premièrement j’entends la voix de Nic qui me traite de deux noms avant de dire qu’il est si heureux que je sois en vie. Sa face de mec à la mode prend la place de celle de Mélodie. Il me bouge trop brusquement, mais, outre mon expression irritée, je le laisse faire. Une main énorme le pousse et un barbu aux cheveux longs prend sa place. Il ne dit rien et me fait signe avec ses iris. Je dois chercher très profondément pour trouver la force de me retourner. Rachel, cachée derrière plusieurs bandages et sa tignasse brune, se trouve avec un médecin plus loin.

– Ils disent que si elle était restée encore longtemps coincée sous des débris, elle serait morte, m’explique Marc. Je ne sais pas ce que tu as fait, mais c’est certainement toi qui nous as sauvés.

J’effectue ce qui est maintenant considéré comme le plus subtil et doux hochement de tête que la Terre n’ait jamais vu.

– Bon. Merci, mon vieux!
– Mon… Épée…?

Mon crâne douloureux est redéposé sur le quadriceps de ma cousine et je vois leurs regards se questionner les uns et les autres. Au final, je ne sais même pas pourquoi j’ai demandé ça. Ce n’est pas important.

– Il n’y a pas d’épée, Éric, explique Nico.
– Non, c’est vrai, continue Mel. Quand j’ai vu les policiers prendre le mec, ils ne comprenaient pas ce qui lui était arrivé.
– On s’en fout, les gars! Laissez Ryk se reposer. Je vais voir si je peux aider avec Rach et les autres.

Quelques minutes de repos. Bonne idée. Je me laisse lentement retourner à mon état précédent : sommeillant. Ça ne prend que quelques secondes avant que ma vision s’embrouille comme mes idées. Mes paupières se ferment et j’affiche une expression niaise puisque je me dis être en sécurité, même s’il y a tant de nouvelles questions qui sont apparues.