[Critique] Hatred

Dans un contexte de fusillades devenues tellement fréquentes chez nos voisins du Sud que nous en sommes à trouver ça presque banal, l’arrivée sur le marché d’un jeu comme Hatred n’était qu’une question de temps…

Qu’on se le dise tout de suite, Hatred est cru, vulgaire et violent. Vous incarnez un tueur en série sans nom,  un homme rempli de haine envers toute l’humanité et qui, après avoir longuement préparé son coup, décide de déverser toute sa rage à coup d’AK-47 et de couteau de chasse sur le plus de personnes innocentes possibles en commençant directement dans son propre quartier.

Un jeu polémique, quoique….

Les premières minutes du jeu sont sincèrement déconcertantes, nous tirons sur tout ce qui bouge, nous entrons dans les maisons, les magasins et les hôtels. En résumé, nous faisons un vrai massacre. Notre héros, qui n’est pas particulièrement bavard, ne se gêne pas pour insulter et dénigrer ses victimes. Bref, on comprend vite que le jeu s’annonce violent !

Ce n’est pas pour rien que bien avant sa sortie, le jeu a rapidement fait polémique. Il a même été, pendant une courte période, retiré de la liste de jeux Greenlight de Steam. Le thème abordé est difficile et aucun détail sordide n’est épargné.

Mon point de vue au sujet de la violence dans les jeux vidéo a toujours été clair, je ne considère pas que les jeux vidéo rendent les gens plus violents. Je ne suis pas un expert dans le domaine, mais je pense sincèrement que les fous ont tout simplement besoin d’un déclencheur ou d’un modèle à suivre. Si parfois les jeux vidéo ont pu servir de déclencheur, il suffit d’ouvrir la télévision ou de lire un journal pour voir bien pire que ce qui est montré dans Hatred.

Nous remplaçons les civils par des zombies et le jeu serait devenu accessible à tous et l’antagoniste serait un héros. On trouve nos polémiques-là où on le peut…

Ce qui m’a le plus dérangé dans Hatred, c’est le nombre de civils qui avaient des armes sur eux. Personne n’a semblé trouver ça bizarre que dans un centre d’achat, un citoyen sur trois avait sur lui une arme semi-automatique.

Par contre, dans un contexte de fusillades souvent dans des milieux scolaires, je me suis demandé si les concepteurs du jeu traverseraient la limite de l’acceptable en incluant une école…vous aurez la réponse en y jouant !

Une thématique bien maîtrisée

Le thème du loup solitaire qui décide de semer la mort sur son passage est vraiment bien maîtrisé. Le personnage est cru, vulgaire et il n’hésite pas à insulter ainsi que massacrer violemment les civils, les policiers ou les soldats sur son chemin. On entend les gens crier sur la rue et dire aux autres d’aller se réfugier pendant qu’au fond, résonnent les sirènes de police, ce qui ajoute un réalisme incroyable au titre. La voix du tueur glace le sang et la police nous parle comme elle le ferait dans ce genre de situation. Certains nous disent de déposer nos armes et d’autres hurlent qu’ils vont nous faire la peau.

Vous l’aurez remarqué sur les images, le jeu est tout en nuances de gris, ce qui accentue l’impression d’être en contrôle d’un vrai psychopathe. Tout est déshumanisé, les personnes sur la rue sont des cibles et les policiers sont des cibles. Il n’y a pas de bien ou de mal, juste un objectif violent et sordide de tout détruire.

Certains éléments sont colorés comme le sang qui gicle sur le mur, certaines lumières des panneaux d’affichage ou alors le feu, juste assez pour faire contraste par rapport au gris ambiant.
Un des petits bémols sur le réalisme est l’intelligence artificielle… Les civils sont stupides, très stupides. Au lieu de se sauver ou tenter de se cacher, la plupart restent là à attendre de se faire tuer et même après avoir tiré sur eux, ils bougent peu et restent sur place à attendre je ne sais quoi.

Ni la police, ni le S.W.A.T., ni même l’armée n’utilisent de tactiques particulières contre nous. Ils se contentent de nous foncer dessus comme des poules sans tête ou s’amassent en troupeau en attente de se faire lancer une grenade dessus.

Des contrôles plutôt bof

Les contrôles manquent de finesse, les tirs sont parfois difficiles à réaliser et, même si nous visons la tête, la plupart des cibles vont continuer à marcher jusqu’à ce qu’on leurs tirs dessus une deuxième fois. La caméra est trop centrée sur notre personnage, ce qui fait qu’on ne voit pas les ennemis arriver sur nous. On doit toujours regarder sur notre petite « map » et parfois même tirer à l’aveuglette. Finalement, comme le jeu est sur tons de gris, on voit mal au sol et on se coince souvent sur des éléments des décors, ce qui peut s’avérer mortel quand le S.W.A.T nous tire dessus.

Trois à cinq heures de violence gratuite

Le jeu offre 9 missions dans son mode histoire qui devrait vous prendre entre trois et cinq heures en mode normal. Les missions présentent des environnements, somme toutes, plutôt variés même si, au final, nos objectifs restent les mêmes : tuer des civils, des policiers et détruire des bâtiments.

Le jeu offre différents modes de difficultés pour ceux qui voudraient réessayer l’histoire ou certains tableaux avec un degré de difficulté différent. Il existe aussi un mode « Survival » qui nous fait affronter des vagues successives d’ennemis dans la peau de trois nouveaux antagonistes.

À qui s’adresse Hatred ?

À qui s’adresse Hatred ? C’est probablement la question que je me suis le plus souvent posé durant ma partie. La réponse facile serait de dire que le jeu s’adresse aux joueurs un peu marginaux ayant des tendances à la violence gratuite, mais je pense que ce serait de porter des intentions malhonnêtes envers ce jeu.

Vous vous êtes déjà demandé ce que ce serait de jouer le rôle du méchant ? D’être dans la peau de celui que vous avez tué des dizaines de milliers de fois sous les traits du gentil héros ? Hatred vous offre cette opportunité, c’est-à-dire celle d’être le méchant, la cible à abattre et de n’avoir aucune conscience et aucune humanité.

Si vous arrivez à passer par-dessus le malaise que peut susciter le jeu, vous aurez droit à un jeu de tir assez basique, avec des contrôles qui manquent de finesse et qui, au final, se trouve à être plutôt répétitif. Néanmoins, le thème est ici parfaitement maîtrisé et, si ce n’était pas de la réaction plutôt bizarre et idiote de la part de nos cibles, on s’y croirait vraiment..

Ma note 7.0/10


Par Jonathan Harvey
Critique effectuée sur PC
Voix en anglais, interface et sous-titré disponible en français et anglais
Visitez le site officiel : http://www.hatredgame.com/

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